Several Persons

Atelier de recherche spatiale

Académie des Beaux-Arts de Mons, 2020 (en collaboration avec Djos Janssens)

Sélectionnez un espace réel, ensuite en déplaçant les éventuels meubles, et/ou en ajoutant l’un ou l’autre accessoire ou meuble trouvé sur place ou à proximité, ainsi qu’en modifiant éventuellement les lumières, créez un espace qui évoque l’ambiance de l’œuvre de l’un de ces trois artistes au choix : Vincent Van Gogh, Piet Mondrian, Louise Bourgeois.

Faites l’œuvre que Georgia O’Keefe ferait à la place de Bruce Nauman. Faites le pastiche qu’elle réaliserait, marqué à la fois de sa patte et de celle de Bruce Nauman.

Attribuez une couleur à chaque salle de cours accessible, ou à chaque salle de votre maison qui serait accessible. Expliquez la raison pour laquelle vous attribuez telle couleur à telle salle.

Faites une oeuvre. Ensuite, reproduisez cette oeuvre autant de fois qu’il y a de salles accessibles dans votre école ou votre maison, en changeant à chaque fois un petit peu la variante par rapport à  l’œuvre originale, sous l’influence de la salle où est exposée la variante.

Déterminez la couleur dominante des salles accessibles de votre maison ou de votre lieu de cours, en établissant un nuancier des teintes présentes, par objet et/ou surface, et en déduisant par là aussi rationnellement que possible la teinte dominante.

Faites une carte des ambiances de chaque salle qui vous est accessible, en lieu scolaire ou domestique. Faites des photos de chaque salle et joignez-y un descriptif écrit de l’ambiance, de l’émotion qui se dégage de chaque salle, en tâchant d’être plus objectif que subjectif.

Faites une liste des espaces qui vous sont accessibles à la maison ou à l’école. Ouvrez deux dossiers sur votre ordinateur, ayant pour titre : Objectif / Subjectif. Dans le dossier Objectif, amassez des photos et des descriptions écrites des dits espaces qui soient le plus objectif possible. Dans le dossier Subjectif, amassez des photos et des descriptions écrites des dits espaces qui soient le plus subjectif possible.

Faites une œuvre que créeraient Alicja Kwade et Haegue Yang si elles travaillaient ensemble sous un seul nom d’artiste.

Faites une œuvre que créeraient Yoko Ono et Marina Abramovic si elles travaillaient ensemble sous un seul nom d’artiste.

Faites un pastiche d’une œuvre de Camille Henrot auquel il manquerait quelque chose.

Réunissez dix objets que vous trouvez dans votre lieu scolaire ou domestique. Donnez-leur un titre et une attribution : attribuez-les donc tels qu’ils sont (sans les modifier) à des artistes du 20ème ou 21ème siècle, comme s’il s’agissait de créations authentiques.

Ecrivez un petit livret du visiteur de 6 pages, qui expliquerait l’exposition en cours dans l’une des salles de votre maison ou de votre école, alors qu’il n’y a pas, a priori, d’exposition dans la salle que vous avez choisie. Faites comme s’il y en avait une, et imaginez-là, et racontez-là à un visiteur.

Rédigez l’énoncé d’un exercice de votre choix qui engagerait les notions d’espace et de copie. Sollicitez deux de vos camarades de classe pour qu’ils réalisent, chacun de leur côté, l’exercice, et qu’ils vous soumettent les résultats, que vous présenterez ensuite à vos professeurs.

Faites une Boîte-en-valise à la manière de Duchamp : soit une copie miniature de toutes les œuvres importantes que vous avez faites, transportables dans un contenant de petite taille (de la taille maximale d’une valise).

Créez un espace à la manière des poupées russes : un espace, dans un espace, dans un espace, dans un espace, dans un espace…

Ecrivez sur des fragments de papier des mots (pas des phrases) qui décrivent les éléments visibles d’une salle de votre choix, à la maison ou à l’école. Collez ces fragments de papier sur les éléments que vous décrivez, comme si il s’agissait d’identifier chaque chose. Soyez le plus précis possible. Prenez ensuite une photographie de la salle ainsi « nommée » dans ses détails.

Ecrivez sur des fragments de papier des mots (pas des phrases) qui décrivent les éléments invisibles d’une salle de votre choix, à la maison ou à l’école. Collez ces fragments de papier dans la salle, là où cela vous semble le plus juste pour identifier et localiser les éléments invisibles que vous avez relevés. Soyez le plus précis possible. Prenez ensuite une photographie de la salle ainsi « nommée » avec vos fragments de papier collé, dans ses détails.

Faites une liste des matériaux engagés dans chaque objet et chaque surface d’une salle de votre choix. Mettez en regard des matériaux, les techniques utilisées pour obtenir ces matériaux et les transformer. Indiquez également l’origine de ces matériaux, selon votre interprétation si vous ne disposez pas d’informations visibles à ce sujet.

Prenez un journal récent. Découpez toutes les images qui représentent des espaces. Ecrivez une légende sous l’image, qui explique quel est l’espace qui est représenté dans l’image.

Prenez un journal récent. Découpez toutes les images qui représentent des espaces, en excluant de l’image par découpe ou oblitération les figures présentes.

Prenez un journal récent. Découpez toutes les images possibles. Etablissez un classement de ces images selon des nomenclatures que vous définissez par vous-même.

Si l’artiste Matthew Barney était un architecte et urbaniste, quelle ville construirait-il ? Faites le croquis du plan de la ville, et réunissez des images (autres que les images des œuvres de l’artiste) pour établir un panorama visuel de votre proposition.

Faites d’un espace ouvert, un espace fermé.

Faites d’un espace fermé un espace ouvert.

Faites d’un espace logique un espace illogique.

Faites d’un lieu triste un lieu drôle.

Transformez un espace de votre maison ou de votre école en un site funéraire.

Repensez l’ergonomie d’une salle de votre maison ou de votre école, en déplaçant les objets et meubles présents pour la rendre plus pratique, plus facile d’accès, plus aisée à parcourir.

Sélectionnez deux espaces de votre école ou maison : transformez l’un en un espace maximaliste, l’autre en un espace minimaliste.

Transformez un espace de votre maison ou de votre école en un espace à caractère africain, selon un pays d’Afrique de votre choix (le transformer en engageant l’art de la disposition des objets et des meubles selon l’esthétique d’une culture africaine choisie par vous). Faites ensuite de même, dans le même espace, en colorant la disposition des lieux d’un art de l’aménagement plus caractéristique d’une culture asiatique de votre choix.

Lisez la biographie de Paul Gauguin sur internet en récoltant les images des lieux où il a vécu. Sélectionnez ensuite pour chaque image de lieu, une autre image montrant un lieu contemporain correspondant, comme si Gauguin avait vécu à notre époque.

 

 

Histoire de l'art : l'exercice du schéma

Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, 2019

Je souhaitais vous soumettre un exercice tournant autour des mythes fondateurs de l’histoire de l’art. Cela pourra vous paraître quelque peu naïf comme demande, néanmoins, comme le disait John Cage et Sister Corita Kent : « Consider everything as an experiment ». Je suis donc curieux de voir quelle pourrait être votre réaction à cet exercice. Manière d’entendre aussi votre point de vue, basé sur votre expérience de créateur, qui vaut bien la mienne.

 La consigne serait celle-ci : je souhaiterais vous voir réaliser un schéma représentant ce que pourrait être l’acte créateur, et une discipline de l’histoire de l’art en rendant compte, (re)modelée selon vos convictions/intuitions. Comment cela se dessinerait-il, s’articulerait-il? Je voudrais voir s’architecturer votre pensée. C’est un peu une cosmogonie de la création que je vous demande d'édifier. 

Nous procéderons par groupes : chaque groupe débattra un temps de la manière dont un schéma peut se dessiner, soit en passant par une étape individuelle d’esquisse, recoupée par une mise en commun des opinions, soit en passant directement par le débat collectif, tendant à arriver à un consensus sur la manière de réaliser le schéma.

Chaque groupe viendra ensuite présenter brièvement à la classe son schéma. Un soutien oral au schéma étant attendu : où on l’explique aux autres, où on donne toute les informations qu’il porte. Ne pensez pas qu’il faille être nécessairement averti pour se lancer dans ce vaste portrait de l’acte créateur. Au contraire, je m’adresse à vous qui portez en vous une expérience de créateur déjà lancée. Sentez-vous libre de vous basez sur votre perception personnelle, que vous tenterez d’extrapoler.

Dessiner ce schéma d’une nouvelle histoire de l’art (ou dit autrement, un schéma de l’acte créateur, dans le temps et l’espace) vous suggère d’énoncer un propos sur les notions suivantes :

Art

Œuvre

Artiste

Conscience/inconscience

Temps

Histoire

Espace

Mouvement artistique

Mode

Succès, gloire

Contextes de réception

Médium, discipline

Technique

Talent

Génie

Inspiration

Influences

Biographie

Copie, plagiat

Une fois votre schéma en place, et vos idées au clair, votre groupe devrait être en mesure de pouvoir réagir aux demandes suivantes, même si elles semblent naïves (cet exercice, c’est avoir l’audace de reprendre ces questions à la racine, pour voir quelle plante, quel arbre en ressortirait, avec toutes ses ramifications, subtilités, lois).

Ainsi, vous devez vous imaginer que votre groupe aura à faire face aux questions suivantes, auxquelles vous devrez répondre, pour défendre vos hypothèses schématisées:

Qu’est ce que l’art ? Qu’est ce qui n’est pas artistique ?

Qu’est ce qu’une œuvre ? Qu’est ce qu’une œuvre achevée ? Inachevée ? Aboutie, inaboutie ? Réussie ? Manquée ?

Qu’est-ce qu’un artiste ?

Qu’est ce que le talent ? L’absence de talent ?

L’œuvre d’un artiste est-elle façonnée par le lieu où il vit ?

L’œuvre d’un artiste est-elle façonnée par l’existence qu’il mène ? Par ce qui lui arrive ? Par le contexte familial dont il est issu ?

Qu’est ce que l’inspiration ? D’où vient l’inspiration ? Quand survient-t-elle?

Quel est le rapport entre l’art et la souffrance ? L’art et la religion ? L’art et la politique ? L’art est-il le moyen d’expression de la souffrance, de la religion, de la politique ?

Quel est le rapport entre l’art et le plaisir ?

Qu’est ce que le génie ? Qu’est ce que l’influence ?

L’art est-il un langage universel ? Si oui, comment décrire le mode de fonctionnement de cette universalité ?

Est-il possible de copier l’art ?

L’art fonctionne-t-il sur le principe d’originalité ?

L’art est-il soumis à une morale ? 

Qu’est ce que l’avant-garde ? Qu’est ce qui est avant-gardiste, qui est avant-gardiste ?

Qu’est ce que la mode?

Quel rôle joue l’artiste dans une société ? Dans la société occidentale ? Orientale ?

Qui est artiste et qui ne l’est pas ?

Qu’est ce qu’un mouvement artistique ? Un mouvement artistique a-t-il une limite dans le temps ? Dans l’espace ? Les artistes sont-ils tous singuliers ou sont-ils liés par certains aspects, et lesquels ?

Qu’est ce que l’histoire ? L’histoire de l’art ? Qui écrit l’histoire ? L’histoire de l’art ? L’histoire de l’art suit-elle l’histoire de l’humanité ?  

L’histoire de l’art est-elle juste (équitable, éthique, démocratique –comment définir cette « justesse »…) ? Si elle est injuste, comment la rendre juste ? L’histoire de l’art doit-elle sélectionner/valoriser des artistes plus que d’autres? Des œuvres ? Selon quels critères ? Y a t’il des œuvres meilleures que d’autres ? Si oui, de quelle manière sont elles meilleures ?

Qu’est ce qu’un chef d’œuvre ? Qu’est ce qu’une œuvre mineure, une œuvre de jeunesse ?

Est-ce le contexte de réception qui détermine l’art ? La nature est-elle une artiste ? La seule artiste ? Le temps est-il l’artiste ? L’espace est-il l’artiste ?

Est-ce l’artiste ou le regardeur qui fait le tableau ?

Séminaire Let Love Rule

Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, 2019 (en collaboration avec Lola Martins-Coignus, Loraine Furter, Florence Cheval, Aurélie Gravelat)Loraine

Temps 1 : On demande aux étudiants d’établir par écrit une liste la plus abondante possible de principes de collaboration (il peut aussi s’agir de principes «immoraux» comme on en rencontre du reste dans le monde du travail, voire absurdes, poétiques). Quelques principes de collaboration pour l'exemple : L’un est la main, l’autre est l’esprit / Les uns font le travail dit manuel, les autres le travail dit intellectuel / L’un donne une idée de base, le second se l’approprie puis la rend au premier, qui la modifie à nouveau / L’un lance une idée, ensuite tous les autres (ou l’autre) détermine les limites entourant sa mise en oeuvre / L’un donne une consigne, l’autre l’exécute une fois à la lettre, une autre fois de façon plus vague /l’un donne une consigne, l’autre fait le contraire... Tout est mis en commun après, dans un grand pot de principes de collaboration.

Temps 2 : On demande aux étudiants d’apporter des Objets-stimuli, de toute espèce. Par exemple, un article de journal, une image, un objet acheté aux puces, un élément naturel... Tout élément possible, même abstrait.

Temps 3 : On tire au sort des groupes de travail de deux, trois, quatre étudiants (voire plus). Chaque groupe tire au sort un principe de collaboration dans le pot commun, et un objet-stimulus. Les groupes sont constitués sur base du principe très réaliste du « double emploi » (étudiant + job d’étudiant / prof + job alimentaire). Ils doivent donc courir deux lièvres à la fois ; être concerné par la création de deux projets (au moins) et gérer les « agendas » de ces deux groupes.

Temps 4 : En marge des groupes, on désigne deux « Observateurs de l’ONU ». Ces observateurs observent. Ils suivent le déroulé des collaborations. Les rapports de force, les interactions, les modes de travail à l'oeuvre autour d'eux.

Temps 5 : Les groupes munis de leurs principes de collaborations et de leur objet-stimulus, créent une œuvre artistique au départ de ceux-ci. Par exemple, cela donnerait : L’un est la main, l’autre l’esprit / sur un article de journal parlant des démarches de Pascal Smet pour établir une piste cyclable autour de la petite ceinture à Bruxelles, à trois étudiants. Le groupe s’organise autour des ces contraintes. On peut éventuellement multiplier les groupes, l’usage ou la combinaison des consignes, le nombre de créations finales etc.

Temps 6 : Le groupe se met en commun, selon une hiérarchie horizontale cette fois. Chaque participant rédige un témoignage sous forme d’une combinaison de textes/images/dessins réunis en un pdf, revenant sur l’expérience de la dite forme de collaboration et de son résultat. C’est un exercice de mise en forme éditoriale et de méditation sur ce que génère telle ou telle forme de collaboration, selon tel protocole de travail.

Temps 7 : Une exposition des pdf’s imprimés (éventuellement rejoués, à la mesure de l’espace) est organisée en dernier lieu, où tous les pdf’s sont réunis, en plus des « objets » produits lors des workshops précédents, guidés par les autres intervenants (Lola, Loraine, Florence). Ces objets nous sont transmis afin que nous puissions les intégrer dans l’exposition.